Lundi 04 Octobre 2021
Dimanche 03 Octobre 2021
Ma vie de soigneur
Alors puisque ça été gentiment demandé et qu’apparemment ça ferait plaisir, voici donc un peu de quoi vous immerger dans mon boulot de soigneur animalier sans être aussi gnian-gnian que dans « Une saison au zoo » ou d’autre émission du même style puisque je vais vous présenter à la fois les bons côtés et les mauvais côtés.
Donc si ça plait je ferais sur d’autres thèmes/sujets que vous pouvez d’ailleurs suggérer.
Commençons donc par un sujet mignon qui peut se révéler néanmoins bien glauque.
En tant que soigneur animalier il m’arrive régulièrement d’avoir à m’occuper de jeunes animaux recueillis par des gens. La structure où je travaille n’ayant pas encore de pièce attitrée pour les soins (mais ça va venir) pour le moment ça atterris chez moi. Puisque je suis aussi le gardien de cette structure, ma maison de fonction étant directement à côté de ladite structure ça à son côté pratique mais aussi pas mal d’inconvénients.
Dans la grande majorité des cas on m’apporte souvent des faons de chevreuil, mais j’ai aussi droit à des marcassins, des oiseaux, bref un peu de tout. Et dans la grande majorité des cas il ne fallait tout simplement pas ramasser l’animal, la Nature est bien faite tout de même, voyons quelques exemple.
Pour le cas des faons, les mères laissent leurs petits pendant qu’elles vont s’alimenter. Les jeunes faons n’ayant pas d’odeur durant les premières semaines de leur vie, il y a peu de chance que les prédateurs arrivent à les trouver et boulottent un petit faon (et puis faut quand même des prédateurs… haha la bonne blague). Donc pour le cas des jeunes cervidés la règle est simple, si on n’est pas certain à 100% que la mère est morte (ce qui implique donc de tomber sur un cadavre de femelle non loin du faon) on ne ramasse pas le faon.
Idem pour les jeunes oiseaux « tombés » du nid. Il arrive que des jeunes oisillons soient un peu pressé de découvrir le monde et sortent du nid sans savoir voler, quand bien même ils ont un plumage qui fait très adulte. Ce qui explique les fausses impressions d’ailes « cassées » ou d’animal « déboussolé ».
Il n’en reste pas moins des jeunes qui se font encore nourrir et protéger par les parents. Dans ce cas si ça vous arrive de tomber face à ce cas le mieux est de mettre l’oisillon légèrement en hauteur près de l’endroit où vous l’avez trouvé. Encore une fois dans le cas où vous tombez sur un cadavre d’adulte proche du nid, le mieux est d’appeler une structure compétente avant de faire quoique ce soit. Si avoir un faon dans son coffre passe encore au niveau de la loi, avoir un jeune rapace passe beaucoup moins bien et ça pourrait vous apporter de gros problèmes judiciaires.
Hop fournée de photos pour égayer le sujet.

Je vous présente « Débillus » un petit mâle (on voit l’emplacement des futurs pivots sur le haut de sa tête), j’ai pour principe de ne jamais donné un nom avant une bonne semaine à biberonné l’animal, ça évite de trop s’attacher au cas où. Comme celui-là était une grosse nouille, le surnom est resté. Je n’ai pas de photo du jour où on me l’a apporté, ici ça faisait une bonne semaine qu’il était arrivé chez moi ce qui lui faisait entre 2 et 3 semaines au compteur. Son sauvetage est tout à fait légitime, la mère c’est fait renverser par une voiture. (Année 2021)

Voici une petite femelle de chevreuil nommé « Kroma ». Approximativement 5 à 6 jours quand on me l’a apporté et ça faisait quasiment 3 semaines que j’avais Débillus en biberonnage. Des gens l’on « trouvée » lors d’une ballade l’après-midi, rapportée chez eux, puis ne se sont inquiétés de son sort que le lendemain… Déjà trop d’odeur sur elle (elle sentait le parfum en arrivant, surement à cause de la couverture sur laquelle elle était posée), donc impossible de la remettre en pleine nature, sa mère aurait fait un rejet. (Année 2021 aussi si vous suivez bien).

Comme vous pouvez le constater on remarque une belle différence de taille entre les deux, forcément Débillus à environ un mois de plus. Ils coulent tous les deux des joueurs heureux dans l’enclos à chevreuil de ma structure après plusieurs mois de biberonnage.
Mais ça c’est les réussites après plusieurs échecs…
Le tout premier faon que l’on m’a apporté je n’ai pas de photo. Ce dernier est mort dans mes bras après une journée. Son nombril était infesté d’asticots et en prime il avait quelques tiques à droite à gauche. Enlever les tiques était relativement simple, mais accéder au nombril est beaucoup plus compliqué. Je l’ai apporté à mon véto qui n’avait encore jamais anesthésié de faon, du coup entre le stress, le produit anesthésiant un poil trop dosé: le cœur a lâché. Massage et bouche à bouche pour le réanimer, mais ça ne lui a offert qu’une petite heure de sursis. L’ironie c’est que ce faon a été ramassé par des élèves de GPN (Gestion et Protection de la Nature), autant dire que quand ils me l’ont apporté je les ai bien engueulés. (Année 2018)

Celui-là se nomme « Oscar ». Environ 2 à 3 jours pour lui à son arrivé. Des gens qui vivent en bordure de champs l’on remarqué de loin et après 24h à ne pas voir la mère aux jumelles (c’est à croire que c’est gens ne dorment pas) ils me l’ont apporté. Encore une fois plein d’odeur… Vu son âge j’avais peur qu’il n’ait pas eu assez de colostrum mais au final tout c’est bien passé, enfin au début.

Cette deuxième photo d’Oscar a été prise quelques jours avant sa mort. J’ai fini par le déplacé de chez moi à l’enclos de quarantaine du parc puisqu'il mangeait solide (un misérable enclos de merde pensé par un architecte tout aussi merdique, je pourrais faire un post entier pour énumérer tout ce qui ne va avec cet enclos mais ça vous saoulerait probablement) et manque de bol j’ai malheureusement dût m’absenter pendant une petite semaine. Ma femme est allé s'assurer qu'il allait bien (lol il n'avait plus d'eau, merci les collègues). A mon retour il avait choppé des vers. Direct traitement antiparasite, mais il était déjà trop faible je l’ai retrouvé mort le lendemain. Hop une bonne grosse dépression, une semaine à ne pas trouver le sommeil, remise en question sur le fait que je sois un bon soigneur, etc. Bref ma femme m'a ramassé à la petite cuillère. (Année 2019)

Enfin mon dernier "échec", « Timon ». Le nom vient des stagiaires vétos qui m’ont appelé pour venir chercher le faon à la clinique. Comme vous pouvez le constater il était plus âgé que les autres quand j’ai dut récupérer le biberonnage. Ce qui est assez fâcheux puisqu’il n’a jamais voulu du biberon. Il était déjà trop habitué à sa mère. Malgré toutes les astuces, les différents types de lait ou le fait de lui laisser un bol ou de la nourriture solide, rien n’a été. Il est mort de faim sans que je puisse faire quoi que ce soit. En le voyant je savais direct que ça n’allait pas le faire mais j’ai quand même essayé, sur un coup de chance ça passe, là non. (Année 2020)
Entre autres animaux j’ai eût l’occasion de m’occuper de jeunes corneilles, d’un renardeau et d’un marcassin et même d’un faon de renne, mais c’était dans une autre structure et je n’avais pas le réflexe de faire des photos (d’ailleurs toutes les photos ici c’est ma femme qui les a faites, comme quoi je ne l’ai toujours pas).
Alors sur le principe ça a l'air chouette de biberonner des animaux, mais c'est un boulot à plein temps pendant un autre boulot à plein temps. Biberons toutes les 2h au départ, idem la nuit, puis petit à petit on peut espacer, faire moins la nuit aussi. En fait comme un nourrisson, sauf que en général vous avez un congé parental pour le nourrisson.
D'ailleurs là, pour les faons il n'y a que moi qui pouvait leur donner à manger, ils n’acceptent personnes d'autres. Les précédentes photos ça a l'air chouette mais sur la fin ça donnait plus ça:

De la pisse et des crottes partout, minimum 3 fois par jours faut aller chercher des ronces, du noisetier, du charme et d'autres feuillages. A chaque fois que je ramène à manger j'en profite pour tout nettoyer, échanger les couvertures, mettre à laver celles qui sont sales, etc. Sur cette photo ils étaient à la fin de leur transition lait/aliment solide. Mais au début c'est plus simple parce qu'il faut les motiver à faire leur besoin notamment avec un linge humide ou du papier-absorbant humide, donc on récupère tout ça direct à la source, mais quand ils deviennent autonomes ce n'est plus le cas.
Autres points délicat, l'idée c'est de passer le moins de temps avec eux, il faut donc réussir à jongler habillement entre le fait de passer du temps avec eux pour simplifier le biberonnage, mais pas trop non plus pour qu'il ne s'attache pas.
P.S: A la relecture j'ai l'impression qu'on voit que j'aime bien Pratchett, tous les passages entre parenthèses pourraient êtres des notes de bas de page.















