Vendredi 08 Mai 2015
Un tableau, une Histoire [n°5]
L'Entrée de Jeanne d'Arc à Orléans de Jean-Jacques Scherrer (1887, musée des Beaux-Arts d'Orléans – 500 × 374 cm).

Ce tableau monumental est une huile sur toile présentant l'entrée de Jeanne d'Arc par la porte de Bourgogne et acclamée par la foule dans Orléans avant la libération de la ville du joug anglais survenue le 8 mai 1429.
Le 29 avril, la Pucelle fait entrer son armée dans la ville d'Orléans qui est au bord de la reddition (la ville n'a plus de ressources et est épuisée) en évitant les Anglais et défile avec le Bâtard d'Orléans (le Comte de Dunois, ici représenté avec une armure dorée) qui défend la cité depuis plusieurs mois (le duc Charles d'Orléans, son demi-frère, étant fait prisonnier depuis la bataille d'Azincourt). Après plusieurs sorties à la tête de ses troupes, Jeanne oblige l'ennemi à s'enfermer dans les bastilles qui ceinturent la ville. Les assiégeants deviennent, à leur tour, assiégés. Sans relations entre eux, ils ont le plus grand mal à se soutenir les uns les autres. Le 7 mai au matin, les troupes françaises donnent l'assaut sur la dernière bastille. Jeanne d'Arc monte elle-même à l'assaut des murs et est blessée par un carreau d'arbalète au dessus du sein. Quand le soir tombe, les assaillants français sont épuisés et le Comte de Dunois s'apprête à faire sonner la retraite. Sa blessure étant moins grave qu'impressionnante, après une prière la Pucelle agite sa bannière, donnant le signal d'un ultime assaut et galvanise ses troupes. Les Anglais paniquent, leur capitaine Glasdale, qui commande la bastille, tombe des murailles et se noie dans la Loire. Le lendemain, 8 mai 1429, les anglais se mettent en ordre de bataille dans la plaine mais ce jour est un dimanche et Jeanne refuse de se battre en ce jour saint, de plus elle estime que trop de sang a déjà coulé. Le capitaine de l'armée anglaise John Talbot comprend qu'il n'a plus rien à gagner et retire son armée, Orléans est sauvée.
Pour plus d'infos :
http://www.herodote.net/8_mai_1429-evenement-14290508.php
http://www.histoire-france.net/moyen/jeanne-darc
https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_d%27Orl%C3%A9ans_%281428-1429%29
Un tableau, une Histoire [n°4] : le jugement de Cambyse
Diptyque du peintre flamand Gérard David, réalisé en 1498 et aujourd'hui exposé à l'hôtel de ville de Bruges, cette toile est intéressante de par son sujet, tiré d'Hérodote, et son utilisation.
L'histoire racontée par ce dyptique est celle de Cambyse, roi de Perse, qui apprenant un jour qu'un de ses juges nommé Sisamnès s'est laissé corrompre, décide de le châtier. Le châtiment est exemplaire puisqu'il consiste à écorcher vif Sisamnès avant de l'égorger. Les bandelettes de sa peau seront ensuite collées sur le siège depuis lequel il rendait ses jugements, et dans lequel s'assiéra le nouveau juge Otanès qui n'est autre que son fils héritant de la charge paternelle.
Un bon aide-mémoire au moment de rendre le verdict, en somme...
Premier volet : l'arrestation de Sisamnès

Tous les regards convergent vers le juge, assis en habits de fonction. Entouré de notables, le roi Cambyse en manteau d'hermine énumère sur ses doigts les charges retenues contre Sisamnès qui l'écoute, l'air absent. Au fond de la scène à droite on voit le même Sisamnès sur son perron se faire remettre l'argent de la corruption.
Détail : le contraste entre les deux chiens au premier plan, un lévrier blanc avec son collier symbole de la fidélité, et un second dont on ne voit même pas la tête, et pour cause, il n'en a strictement rien à faire de ce qui se passe derrière lui.
Second volet : le supplice

C'est là que les choses se corsent pour le juge : dents serrées et visage crispé, allongé sur une table après qu'on lui a enlevé ses vêtements, il est entouré de ses bourreaux qui sont déjà à l’œuvre. Ces derniers ressemblent plus à des bouchers du coin qu'à des bourreaux officiels, et ne laissent pas plus paraître d'émotion que s'ils écorchaient un lapin.
Les détails anatomiques révèlent une vraie connaissance de la part du peintre. L'opération est d'ailleurs tellement peu sanglante qu'on pourrait croire à une banale opération de chirurgie de nos jours.
Tous les personnages ont l'air sereins, un peu sévères pour certains, mais cela donne une impression de calme qui tranche avec l'horreur de la scène. Seuls deux personnages à gauche semblent discuter, et l'assistant derrière la table est le seul à regarder le spectateur comme pour le prendre à témoin.
Tout au fond, à droite, le fils du supplicié a déjà pris ses fonctions dans le siège laissé par son père.
Ce tableau a été commandé pour la salle des échevins de l'Hôtel de Ville, et devait rappeler aux magistrats de Bruges les devoirs et obligations de leur charge.
Simple et efficace.





















