Patrimoine National : La tombe du Soldat inconnu
En 1916 François Simon, président du Souvenir français, propose le premier que l’on accueille les restes d’un poilu au Panthéon en hommage à tous les soldats qui donnent leur vie pour la Patrie sur le front. Cette idée est reprise par des députés ou encore par le président du Conseil : Georges Clémenceau. Le 12 novembre 1919 la proposition de transférer le corps d’un combattant au Panthéon revient devant l’Assemblée où elle est adoptée à l’unanimité. Problème : la gauche veut déposer la dépouille au Panthéon, la droite veut un endroit plus glorieux : l’Arc de triomphe. Faute de pouvoir contenter tout le monde, le gouvernement décide que le 11 novembre 1920, on célébrera en même temps le 50ème anniversaire de la IIIème République (qui aurait dû se fêter le 4 septembre), la victoire de 1918, et la récupération de l’Alsace et de la Lorraine. Lors de cette célébration on transfèrera le cœur de Léon Gambetta au Panthéon. Mais voilà : les Britanniques qui vont eux aussi rendre hommage à leurs soldats tombés lors de la Grande Guerre ont repris l’idée initiale des français de l’inhumation d’un soldat inconnu.
Cérémonie d'inhumation du soldat inconnu britannique dans l'Abbaye de Westminster
La presse française réclame donc qu’avec le cœur de Gambetta on transfère au Panthéon la dépouille d’un soldat inconnu. La France qui a perdu 1 400 000 soldats (la moitié des jeunes Français nés en 1894 et donc âgés de 20 ans en 1914 ont disparu à l'issue du conflit, ceux qu'on appelait « la classe 14 ») est en deuil au lendemain de la guerre. Outre les anciens combattants, souvent revenus blessés dans leurs foyers, un nombre immense de familles comptent un ou plusieurs de ses hommes parmi les victimes, certaines ont perdu 3 ou 4 fils lors du conflit. Parmi toutes ces victimes, environ 300 000 n’ont pas de sépultures, parties sans traces ou enterrées dans des fosses communes sans pouvoir être identifiées. En apprenant que le Royaume-Uni va inhumer un soldat inconnu dans la cathédrale de Westminster, toutes ces familles françaises qui ont perdu un enfant, un père ou un mari sont saisies d’émotion. Le député André Paisant lance une campagne pour rendre hommage aux soldats tombés en faisant inhumer un soldat inconnu français, il en fait la demande le 1er novembre au président du Conseil : Georges Leygues. Il tente de le sensibiliser au besoin de prendre en compte l’immense douleur des familles endeuillées mais pour ce dernier il est trop tard pour organiser quoi que ce soit d’autre, peut-être plus tard.
Binet-Valmer, écrivain et ancien combattant publie dans « Le Journal » une lettre destinée au président de la République, Alexandre Millerand lui demandant l’organisation d’une inhumation d’un soldat inconnu français sous l’Arc de triomphe en citant des lettres de familles de poilus morts pour la France reçues par le journal et en précisant qu’il n’est « pas l’homme des menaces » mais que « la colère ne sera pas toujours contenue ». (L'édition du journal est visible ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7602554r ) Avec son ami le journaliste Gabriel Boissy (c’est lui qui aura l’idée de la flamme éternelle sur la sépulture) il aurait même prévu de saboter la cérémonie prévue en déterrant la dépouille d’un soldat pour bloquer le cortège vers le Panthéon.
Afin d’éviter tout scandale un conseil des ministres extraordinaire est réuni le 2 novembre et propose l’inhumation d’un soldat inconnu au Panthéon en même temps que le transfert du cœur de Gambetta. Le 8, les députés adoptent la loi relative « à la translation et à l’inhumation des restes d’un soldat français non identifié » et après de longues tractations il est décidé que le lieu d’inhumation sera bien l’Arc de triomphe.
Huit dépouilles de soldats français qui n'avaient pu être identifiés ont été exhumées dans les huit régions où s'étaient déroulés les combats les plus meurtriers : en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Île-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine. Les 8 cercueils sont acheminés dans une galerie souterraine de la citadelle de Verdun, aménagée pour l’occasion.

Reconstitution de la cérémonie de sélection du soldat inconnu
Il est décidé qu'« un ancien poilu de deuxième classe, le plus méritant possible » désignerait l'un des huit cercueils exposés lors d’une cérémonie qui sera présidée par André Maginot, ministre des Pensions. Le 10 novembre le soldat qui avait été désigné, un poilu du 132ème RI et qui était originaire de Fort-de-France en Martinique, héros du Chemin des Dames et de Verdun tombe malade, victime de la typhoïde. Pour le remplacer au pied levé à quelques heures de la cérémonie on appelle un autre soldat de son régiment : le soldat Auguste Thin qui fut alors choisi car il était pupille de la Nation et le plus jeune engagé volontaire de son régiment. Originaire de Saint-Vaast-la-Hougue en Normandie, né à Cherbourg le 12 juillet 1899 et domicilié à Port en Bessin, il était le fils de Louis Jules Adolphe Thin, soldat au 274e RI mort pour la France, disparu aux combats du Fort de Vaux. Commis-épicier de 19 ans, il s’est engagé le 3 janvier 1918 et il est l’un des rares rescapés du 243ème régiment décimé en Champagne lors d’une contre-attaque en 1918 où il fut gazé. Quelques mois après, il se retrouve à l'Hartmannswillerkopf, puis à l'Armistice, à Guebwiller. En novembre 1920, il est à Verdun à la caserne Niel, soldat du 132e RI.


Le soldat Auguste THIN
Le Ministre Maginot s’avance vers lui et lui remet un bouquet d’œillets blancs et rouges qu’il doit déposer sur l’un des 8 cercueils exposés qu’il choisira et qui sera le soldat inconnu français. « Celui que vous choisirez sera le soldat inconnu, que le peuple de France accompagnera demain sous l'Arc de triomphe ».
Mais comment choisir un cercueil en particulier parmi les 8 ?
Le jeune soldat témoignera plus tard : « Il me vint une pensée simple. J'appartiens au 6ème corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c'est également le chiffre 6 que je retiens. Ma décision est prise : ce sera le 6ème cercueil que je rencontrerai. »
Le cercueil choisi est porté par un peloton de soldats, l’écrivain et ancien combattant Roland Dorgelès écrira : « Il ne pèse guère, le pauvre mort mais il symbolise tant de douleur que je m’étonne de ne pas voir les porteurs fléchir sous la charge. »
Installée sur l’affût d’un canon de 75, tirée par un attelage de chevaux, la dépouille est déposée dans un train spécial.
Acheminement de la dépouille vers la gare de Verdun
Arrivé à Paris, le cercueil est déposé place Denfert-Rochereau dans une chapelle ardente puis au Panthéon où une allocution est prononcée et le cœur de Gambetta déposé.
Cérémonie du Panthéon
Il est finalement amené sur l’affût d’un canon de 155 vers sa dernière demeure, l’après-midi du 11 novembre 1920 sous la bénédiction de l’Archevêque de Paris. Au même moment, à Verdun, Auguste Thin assiste à l’inhumation des sept autres cercueils contenant les « soldats inconnus » qui n’ont pas été choisis au cimetière du Faubourg-Pavé. Le cercueil du soldat inconnu est installé dans une salle, au sein du pilier gauche de l’Arc de triomphe et les cérémonies se terminent vers 19 heures.
Il faut maintenant creuser une fosse pour accueillir la glorieuse dépouille, des soldats formant un piquet d'honneur monteront la garde jour et nuit alors que le cercueil attend, déposé dans sa chapelle ardente.
C’est le vendredi 28 janvier 1921 au matin qu’a lieu l’inhumation définitive. Porté par des poilus du 1er régiment du génie devant les autorités civiles et militaires, dont les maréchaux qui se sont illustrés lors de la Première Guerre mondiale Foch, Joffre et Pétain. Une délégation d’autorités étrangères est également présente lors de la cérémonie : le ministre belge des affaires étrangères Henri Jaspar, le Premier ministre britannique Lloyd George et un représentant du Portugal.

Inhumation définitive du cercueil sous la dalle de l'Arc de triomphe
Le sculpteur Grégoire Calvet proposa l’idée d’une lumière électrique qui éclairerait la tombe mais on retint plus tard l’idée de Gabriel Boissy d’une flamme. Le journaliste-écrivain Jacques Péricard propose, lui, qu’on la ranime chaque jour. Le 11 novembre 1923, devant plus de 300 000 personnes, le ministre de la Guerre André Maginot allume pour la première fois cette flamme qui ne s’est jamais éteinte depuis 93 ans. Chaque jour, à 18h30, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, la cérémonie de la flamme se déroule sous l’Arc de Triomphe. Même pendant la seconde guerre mondiale, alors que Paris est occupé, les allemands laisseront les français rendre hommage à leurs aînés. La tombe fut cependant profanée le 23 août 1927 par des communistes lors d'une émeute. La garde de la Dalle Sacrée est assurée en permanence par un détachement de la Garde républicaine. On peut lire sur l’épitaphe cette simple phrase : « Ici repose un soldat français mort pour la Patrie — 1914 - 1918 »

Sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tombe_du_Soldat_inconnu_(France)
http://www.geo.fr/photos/reportages-geo/premiere-guerre-mondiale-14-18-qui-est-le-soldat-inconnu-158634
https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Thin
http://a.c.o.ma.r.free.fr/histo_soldat-inconnu.htm
http://www.jeanyveslenaour.com/images/scandale%20soldat%20inconnu.pdf
http://www.tsr.ch/xobix_media/files/tsr/docs/2008/poilhistoirevivante_ve241008.pdf
http://www.collombat-py.fr/Default.aspx?PageContentID=156&tabid=680
https://fr.wikipedia.org/wiki/Binet-Valmer
http://www.pencran.fr/vars/fichiers/PENCRAN-infos/PInov2011.pdf
Banque de photos :
https://plus.google.com/photos/+IledefranceGouvFrParis/albums/5831855385839783329



















