reponse a flaneur et jeff bezos

Dominique Rongvaux a brillamment illustré une réalité économique fondamentale : les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle pourraient permettre à certaines familles de vivre avec un seul salaire et à certains salariés de travailler seulement trois jours par semaine. Enfin, en théorie. Dans la pratique, il existe une solution nettement plus simple : conserver cinq jours de travail pour ceux qui ont encore un emploi et permettre aux autres de profiter pleinement de leur temps libre, grâce au chômage. Cette idée repose sur un raisonnement économique tout aussi classique : si une technologie augmente fortement la quantité de biens et de services produits par heure de travail, alors il devient possible de produire autant avec moins de travailleurs. Il suffit donc de supprimer les postes devenus inutiles, sans toucher aux horaires des postes restants. Concrètement, cela suppose que les gains de productivité se traduisent par une hausse des profits, tandis que les salariés conservent leur charge de travail habituelle et que les anciens collègues découvrent les joies de l'inactivité forcée. Historiquement, les révolutions industrielles ont effectivement réduit le temps de travail hebdomadaire, de soixante heures ou plus au XIXe siècle à environ trente-cinq heures en France aujourd'hui. Mais cette évolution a nécessité des luttes sociales, des lois et des négociations. Pour éviter ces complications, l'entreprise moderne dispose désormais d'une méthode plus directe : augmenter la productivité, réduire les effectifs et expliquer aux survivants qu'ils ont beaucoup de chance d'avoir conservé leur emploi. Quant aux autres, ils ont gagné du temps libre, même s'ils n'ont pas exactement choisi la manière de l'obtenir.

En France, prenons l'exemple d'un enseignant du secondaire. Aujourd'hui, un professeur certifié assure environ dix-huit heures de cours par semaine, auxquelles s'ajoutent la préparation, les corrections et les tâches administratives. L'intelligence artificielle pourrait automatiser une partie de la préparation des cours, générer des exercices différenciés, corriger certains devoirs et aider au suivi individualisé des élèves. Si la productivité pédagogique augmente de 30 à 50 %, une administration particulièrement ambitieuse pourrait en conclure qu'un enseignant peut désormais s'occuper de davantage d'élèves avec les mêmes moyens. Plutôt que de lui accorder une semaine de trois jours, elle pourrait augmenter le nombre d'élèves par classe, multiplier les tâches et demander davantage de résultats. Les économies réalisées permettraient éventuellement de réduire les dépenses, tandis que le professeur continuerait à travailler autant, mais avec des outils plus performants et des exigences supplémentaires. Les enseignants dont les postes seraient supprimés pourraient, quant à eux, consacrer leurs journées à une activité pédagogique nouvelle : chercher un emploi.

Chez une infirmière hospitalière, le métier combine des gestes techniques, de la surveillance et une relation humaine essentielle. L'intelligence artificielle peut aider au diagnostic, à la planification des tournées, à la détection précoce de complications et à la rédaction des comptes rendus. Une infirmière qui gagne aujourd'hui autour de 2 000 à 2 500 euros nets pourrait, si ces outils réduisent fortement le temps consacré aux tâches répétitives, consacrer davantage de temps aux patients ou réduire ses heures de travail. Mais ce serait oublier le potentiel d'optimisation du système : si chaque infirmière devient plus efficace, il devient tentant de réduire les effectifs, de réorganiser les équipes et de demander aux personnes restantes de prendre en charge davantage de patients. La semaine de trois jours ne serait donc pas nécessairement accordée aux infirmières en poste, mais pourrait être généreusement offerte à celles dont le poste aurait disparu. Pour qu'un seul salaire suffise à une famille de quatre personnes en région parisienne, où le logement et les dépenses courantes peuvent dépasser 3 000 euros par mois, il faudrait également que les revenus progressent ou que le coût de la vie baisse. À défaut, la famille pourrait découvrir les vertus de la sobriété, tandis que les gains de productivité seraient soigneusement conservés ailleurs.

Pour un employé de bureau dans une administration ou une entreprise de services — comptable, assistant administratif ou commercial —, l'intelligence artificielle générative et les agents automatisés peuvent déjà rédiger des courriels, analyser des tableaux, préparer des rapports et gérer des plannings. Un salarié qui gagne 2 000 à 2 500 euros nets pourrait voir sa productivité augmenter considérablement. L'entreprise pourrait alors choisir de réduire son temps de travail à trois jours tout en maintenant son salaire. Cette possibilité présente toutefois un inconvénient majeur : elle oblige à partager les bénéfices du progrès avec les salariés. Une solution plus conventionnelle consisterait à automatiser les tâches, à supprimer une partie des postes et à conserver les autres salariés cinq jours par semaine afin qu'ils supervisent les systèmes, corrigent leurs erreurs et répondent aux courriels générés automatiquement. Dans le premier cas, les gains de productivité deviennent du temps libre. Dans le second, ils deviennent des économies de personnel et des profits supplémentaires. Le chômage augmente, les salariés restants continuent de travailler et tout le monde peut se féliciter de la modernisation de l'entreprise.

Un caissier ou un employé de commerce connaît déjà ce mécanisme grâce aux caisses en libre-service et aux systèmes automatisés de gestion des stocks. L'intelligence artificielle peut encore améliorer les prévisions de demande, la disposition des produits et le service client grâce aux agents conversationnels. Pour un salaire autour de 1 700 à 1 900 euros nets, une forte hausse de productivité dans la grande distribution pourrait permettre de réduire les effectifs ou les heures nécessaires au fonctionnement du magasin. En théorie, les salariés pourraient se partager le travail et bénéficier d'une réduction du temps de travail. En pratique, le magasin peut installer davantage de caisses automatiques, employer moins de personnel et demander aux employés restants de surveiller plusieurs machines simultanément, de gérer les incidents, de réapprovisionner les rayons et de répondre aux clients qui ne comprennent pas pourquoi leur caisse leur demande de vérifier leur article pour la troisième fois. Les prix pourraient baisser grâce aux économies réalisées, mais ils pourraient aussi rester stables tandis que les marges augmenteraient. Le salarié ne gagnerait alors ni temps libre ni pouvoir d'achat. En revanche, le client pourrait apprécier le nouveau service : payer soi-même pour avoir le privilège de travailler gratuitement à la place d'un caissier.

Chez un ouvrier du bâtiment ou un artisan, l'intelligence artificielle et la robotique peuvent optimiser les plans, réduire les erreurs de mesure, automatiser certaines découpes et améliorer la gestion des matériaux. Un salaire net de 1 800 à 2 200 euros pourrait alors correspondre à moins d'heures de chantier pour réaliser le même volume de travail. Cette évolution pourrait permettre aux ouvriers de terminer leur semaine plus tôt, de préserver leur santé et de profiter davantage de leur famille. Mais elle pourrait aussi inciter les entreprises à réduire leurs équipes, à multiplier les chantiers confiés à chaque salarié et à maintenir la cadence grâce aux outils numériques. L'ouvrier ne travaillerait donc pas nécessairement moins : il devrait simplement produire davantage dans le même temps. Ceux qui ne seraient plus indispensables pourraient se réjouir de disposer de journées entièrement libres, à condition que leur loyer, leur énergie et leur alimentation acceptent eux aussi de fonctionner sans salaire. L'oisiveté est une conquête sociale remarquable, surtout lorsqu'elle est financée par les allocations chômage et non par les dividendes.

Économiquement, le mécanisme est simple en théorie. La productivité du travail mesure la valeur ajoutée produite par heure. Si elle double grâce à l'intelligence artificielle, la société peut produire deux fois plus avec le même volume d'heures, ou produire autant avec deux fois moins d'heures. Dans le second scénario, le temps de travail pourrait baisser sans perte de niveau de vie global. Il suffirait que les gains soient répartis entre les salariés sous forme de salaires, de temps libre ou de services moins chers. Mais une autre possibilité existe : produire autant avec moins de travailleurs, maintenir les horaires des personnes conservées et concentrer les gains dans les profits. Ce scénario a l'avantage de ne nécessiter ni négociation collective, ni réduction légale du temps de travail, ni discussion sur la répartition des richesses. Il suffit que chaque entreprise prenne individuellement la décision qui lui semble la plus rentable, puis que l'ensemble de la société s'étonne du chômage qui en résulte.

L'histoire montre pourtant que les périodes de forte productivité, notamment après-guerre en Europe, ont permis des hausses de salaires réels et des réductions du temps de travail. Mais ces progrès ne sont pas tombés du ciel : ils ont dépendu des rapports de force sociaux, des politiques publiques et de choix collectifs. Le scénario de la semaine de trois jours est donc techniquement possible, mais il suppose de décider que le progrès doit bénéficier aussi aux travailleurs. Sans cette décision, l'intelligence artificielle risque de nous offrir une répartition particulièrement moderne du temps : certains continueront à travailler autant, voire davantage, tandis que d'autres seront contraints de ne plus travailler du tout. La productivité aura augmenté, la production sera optimisée et les tableaux de bord seront magnifiques. Quant à la promesse de travailler moins pour vivre mieux, elle restera disponible dans les présentations PowerPoint des dirigeants, juste à côté de la diapositive consacrée à la réduction des effectifs.

Après tout, pourquoi partager les heures de travail quand on peut partager les demandeurs d'emploi ?

Envoyé par coalgan Hier à 12h28

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Flaneur Ver TikToké

Ce n’est qu’une question de choix, les entreprises peuvent très bien pour des questions sociales conserver les employés et réduire le temps de travail, ce qui est étonnant, c’est qu’avant, c’était la gauche, les grèves, les luttes ouvrières, les syndicats qui obtenait par la force, la réduction du temps de travail aujourd’hui c’est les milliardaires capitaliste qui propose cela ou plutôt qui envisage cela. À mon avis si l’ia augmente la productivité réellement, les gouvernements pousseront les entreprises à ne pas licencier en masse.
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coalgan En réponse à Flaneur Vermisseau

je penses que c'est un piege de jeff bezos pour faire accepter l'ia par la blebe, le seul gagant dans l'histoire va etre lui et ses actionaires
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Flaneur En réponse à coalgan Ver TikToké

C’est aussi possible oui, mais sans salarié pas de client
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coalgan En réponse à Flaneur Vermisseau

ya deja des boite sans salarié que avec des IA + agents qui arrive a faire pareil que des boites avec salarié, donc non full IA -> distruptation des autres entreprises car on est moin cher et seul le dirigeant va rafler la mise
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gloupi En réponse à Flaneur Lombric Shaolin

Et si les gouvernement poussent les entreprises à ne pas licencier en masse, ce sera à grand coup de financement qui seront ponctionnés dans des budgets déjà serrés ou même insuffisant. Ou alors, les dirigeants menaceront de délocaliser les entreprises.
Les gouvernements n'ont aucun pouvoirs sur ces plans la et n'en auront jamais. C'est plutôt les grosses boîtes qui influences les gouvernement... Tu as déjà entendu parler des lobby hein ?
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coalgan En réponse à gloupi Vermisseau

oui c'est deja le cas, mais les entreprise utilise d'autre strategie du coup
https://www.you...h?v=eG1Tov1xpKg
je te laisse regarder ca et me dire si tu es d'accord
en tout cas ca ce passe comme ca dans ma boite aussi
depart volontaire avec rupture co pour tout le monde
annulation du teletravail pour tout le monde en meme temps pour que les gens accepte les rupture co
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Orme En réponse à Flaneur Dresseuse de lombriks

Mon entreprise ne vise comme clients QUE les autres entreprises.
Les « gens », ça ne les intéresse pas, il n'y a pas assez de pognon en mouvement.
Donc, non, d'expérience, je n'y crois pas.

L'IA utilisée par les entreprises sera juste une saleté contre-révolutionnaire de plus pour mettre les camarades travailleurs au chômage.

N’oublie pas non plus que dans la plupart des pays, pour chaque salaire que tu paies à un employé, tu te prends entre 15 % et 50 % de charges sociales et de coûts annexes en plus.

Foutre à la porte 10 employés que tu paies 1 000 $ aux deux semaines te fait économiser facilement 25 000 $ par mois, à l'emporte-pièce. Ton système d'IA, avec son abonnement cloud et son contrat de maintenance, se rentabilise tout seul, très vite.

Il faut mettre des taxes très punitives sur les IA d'entreprise pour empêcher ça.
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coalgan En réponse à Orme Vermisseau

ok mais si la france met de grosse taxe sur l'IA a ses entreprise et que par exemple les USA ou chine ne le fait pas, la france va encore perdre au jeu de la concurence mondiale, deja que on a plus d'agriculture ni d'industrie en france on va tuer le tertiaire aussi ?
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LeFreund Versecuté

Merci pour le partage
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coalgan En réponse à LeFreund Vermisseau

mais de rien, lis bien la description, et compare la avec celle du fichier original
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coalgan En réponse à Bidon85 Vermisseau

merci pour la source
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le-long-brick Longbric

Le problème vient aussi du fait qu'on a TOUS été inoculés (...de frais) par le virus du consumérisme. Les gens travaillent dur pour acquérir ce qui, soit-disant, leur rend la tâche plus facile (c'est vrai à 75%) et pour gagner du temps (c'est vrai à seulement 25% car ce temps "gagné" est peu, ou mal, ou pas du tout utilisé... Rappelez-vous Socrate devant le marché d'Athènes :"Que de choses dont je n'ai pas besoin !"
Je vais vous faire une confidence, comme beaucoup, j'avais un portable il y a une douzaine d'années et je l'utilisais comme tout un chacun, c'est-à-dire trop, j'ai laissé ce privilège à mon épouse. J'ai maintenant un portable ultra-basique au forfait de 2€ par mois, je ne l'utilise que lorsque je suis en milieu hospitalier comme un simple téléphone. Pour le reste il y a, je l'ai déjà dit, mon épouse, mon téléphone fixe, mon ordi avec tour (donc que je ne peux trimballer) et je m'en porte beaucoup mieux qu'avant.
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