Ca faisait longtemps !
Lombrikien, Lombrikiennes...
Bonjour à toutes et tous,
Ca fait un moment que j'avais rien mis ici,et pour changer un peu des post sur l'IA, je vous propose un suivi (presque) complet de la fabrication d'un de mes couteaux qui illustre un point que beaucoup ignorent : pourquoi je n'aime pas faire et suivre des plans !
Tout commence avec un croquis, quelques traits faits à main levée sur une feuille qui traîne – l'idée est juste de fixer sur papier l'idée que j'ai en tête à l'instant T.

Ici, un couteau droit (par opposition aux couteaux pliants, qui eux nécessitent un plan très précis, on en reparlera une prochaine fois) : on y voit le design général, la soie traversante (partie de la lame allant dans le manche), l'emplacement du poinçon, l'émouture (déterminant le tranchant), la forme générale de la lame, du manche et les mitres (pièces en métal à chaque extrémité du manche).
Quelques coups de marteau plus tard, on commence à y voir plus clair : la lame prend forme et la soie également. L'émouture est tirée, la pointe se forme. Et c'est là que je commence à ne plus suivre le plan. J'avais envie de faire une lame un peu plus massive que celle prévue au départ. Je ne vous cache pas qu'il m'est déjà arrivé de partir sur un petit couteau de travail, et finir sur une dague de chasse. Il suffit d'un détail, pour avoir l'envie de partir sur autre chose.

Pour le manche, parmis toutes les essences disponibles, je suis parti sur un bois que j'apprécie beaucoup : l'amarante. Outre son fil que je trouve agréable à l'œil et à la main, il a la particularité de prendre naturellement une teinte allant du rouge cerise au violet profond, avec des reflets parfois bleus, et cela de façon naturelle ! Ici, le même manche sur une autre commande quelques minutes après son usinage, et le même quelques jours après.

Au stade de la photo, je suis encore sur un carrelet (un bloc brut de bois) néanmoins déjà travaillé pour y faire passer la soie. Un bout de scotch pour pouvoir voir mes tracés, et je commence le travail. La lame quant à elle a déjà sa pré-émouture et a été trempée.

Etant donné que je fais tout à la main, je taille mes manches ovales d'une manière classique. L'ovalisation du manche est en fait une succession de chanfreins, à divers angles, pour lui donner sa forme presque définitive. La forme finale se fera d'elle-même petit à petit, en faisant des chanfrein de plus en plus délicat, et en reprenant le tout au racloir et au papier de verre.

Vient finalement la pose des mitres. Ici, temporairement, juste pour l'assemblage et voir le rendu, elles nécessitent d'être retaillées à la dimension exacte du manche, mais... il y a un mais.

C'est ici l'illustration des problèmes quand on suit un plan. Je trouve cela très, parfois trop contraignant. Je pourrais tout à fait suivre le plan au millimètre près, mais si une idée nouvelle, une évolutions me vient, je n'ai pas envie de l'ignorer juste parce que ça sort du plan.
À ce stade-là, la lame étant plus massive que celle prévue au départ, les mitres ne me plaisent plus. Je mets donc le plan de côté et je pars sur autre chose : je veux finalement faire un modèle avec une garde. Mais une garde travaillée, élégante pour aller avec l'ensemble, et surtout, qui me plaît !
Pendant que je réfléchis à cette histoire de garde, j'avance encore sur le manche. Une fois les grosses lignes terminées, je saurai quel type de garde conviendra le mieux à mon style.

Et c'est donc parti pour une garde forgée, sur un travail tout en courbe, comme pour le manche.


Au final, garde forgée, effet martelage et quillon en effet volute de fumée.
Ne reste plus qu'à attaquer l'émouture définitive, pour laquelle j'utilise un backstand (une sorte de ponceuse à bande) qui me permet de blanchir à main levée l'émouture et faire la géométrie de la lame. C'est la seule machine-outil qui interviendra dans la fabrication du couteau, et uniquement pour cette opération. S'en suivent quelques heures de polissage à la main, avec cale à poncer et papier de verre.

Un peu de scotch pour la protection de la lame (et des doigts) pour un montage à blanc. L'amarante a commencé à prendre sa couleur.

Une fois le montage définition fait, j'attaque ensuite la finition du manche, toujours à la main. Parmi toutes les finitions existantes, celle que je préfère pour l'amarante est une simple cire naturelle, qui permettra d'étanchéifier le bois et de lui donner un aspect brillant, tout en faisant ressortir sa couleur naturelle. (Ne me demandez pas la marque de la cire utilisée : c'est moi qui la fabrique.) Si vous avez tout lu jusqu'ici, dite "pouët" dans les coms.

Et enfin, c'est fini.

En comparaison, le plan prévu, et le couteau au final.




Myouk Vermisseau
falamoi Vermisseau
THM077 Lombric