Oui, ce que décrit Lovina Hershberger Zook dans la vidéo de CBS Sunday Morning est exact pour les communautés amish les plus conservatrices (comme les Swartzentruber) : les jeunes se fréquentent principalement la nuit, passent de longues heures à discuter (souvent allongés habillés dans le lit, pratique du « bundling »), et s’abstiennent de relations sexuelles avant le mariage. Cette coutume du bundling est ancienne : elle trouve ses racines dans des traditions européennes de courtoisie (Pays-Bas, îles Britanniques, coutumes germaniques et suisses) et a persisté chez les Amish plus longtemps qu’ailleurs.
Les Amish sont une branche particulièrement stricte de l’anabaptisme, née en 1693 précisément sur le sol français, en Alsace. Après la guerre de Trente Ans (1618-1648), qui avait dévasté la région et décimé sa population, les autorités locales et seigneuriales (notamment dans le comté de Ribeaupierre) encouragent l’immigration pour repeupler les terres en friche. De nombreux anabaptistes suisses, fuyant les persécutions du canton de Berne, s’installent alors en Alsace, surtout dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines (alors appelée Markirch), à partir des années 1650-1680. Parmi eux arrive Jakob Ammann (ou Amann), tailleur né en 1644 à Erlenbach (Suisse), qui s’établit vers 1680 dans la région, notamment à La Petite Lièpvre.
C’est là, face à des anabaptistes alsaciens qu’il juge trop relâchés et « bourgeois », qu’Ammann exige une discipline beaucoup plus rigoureuse : vêtements sombres et uniformes (il impose les crochets à la place des boutons), pratique stricte de la mise au ban (Meidung), séparation nette du monde et simplicité absolue. En 1693, ce désaccord provoque un schisme officiel : ses partisans, regroupés autour de Sainte-Marie-aux-Mines et formant la majorité des anabaptistes locaux, deviennent les « Amish » (du nom d’Ammann). Ils prospèrent rapidement grâce à leur talent d’agriculteurs : ils remettent en culture des fermes abandonnées, développent l’élevage et gagnent la réputation de fermiers honnêtes et efficaces, ce qui leur vaut la protection de certains seigneurs.
Cependant, l’Alsace étant devenue française (traités de Westphalie de 1648), leur statut non conforme aux religions officiellement tolérées (catholiques, luthériens, calvinistes) attire la méfiance. Leur réussite économique suscite jalousie, et le clergé catholique les dénonce. En 1712, Louis XIV ordonne leur expulsion pure et simple du territoire français. L’intendant d’Alsace exige leur départ avant la fin octobre ; les familles doivent vendre leurs biens à bas prix dans la précipitation. Le prince de Birkenfeld, qui perd ainsi de précieux fermiers, leur délivre des certificats élogieux pour faciliter leur réinstallation. La plupart se dispersent vers la principauté de Montbéliard (alors indépendante, rattachée plus tard à la France), la Lorraine, le comté de Salm, le Val de Villé ou le Palatinat. Quelques-uns restent discrètement ou reviennent après la mort de Louis XIV (1715), sous une tolérance relative de Louis XV, mais la grande majorité quitte progressivement l’Alsace. C’est de ces communautés alsaciennes et de leurs descendants que partiront, au XVIIIe siècle, les vagues d’émigration vers la Pennsylvanie, où les Amish se maintiendront jusqu’à aujourd’hui.
Envoyé par Flaneur Aujourd'hui à 10h10
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