Les Martyrs de Chicago : à l'origine du 1er Mai

Par Zgru
le 1 mai 2017 à 15h16
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7 réponses

Les Martyrs de Chicago : à l'origine du 1er Mai

- Le 1er Mai 1886 se tient dans plusieurs villes des Etats-Unis une manifestation ouvrière visant à réclamer la journée de huit heures. Anarchistes, socialistes et syndicalistes sont au rendez-vous. A Chicago, à la tête du cortège, on trouve l'anarchiste Albert Parsons. Dans cette ville, la grève se poursuit les jours suivants. Le 2, lors d'un rassemblement ouvrier devant les usines de la McCormick Harvester Company, la police tire sur la foule. Il y a six morts. August Spies, un anarchiste allemand, lance alors un appel enflammé dans lequel il demande aux ouvriers de s'armer pour leur défense. Le 4, la grève devient générale. une réunion est prévue à Haymarket Square. Lorsque les orateurs et la foule s'apprêtent à partir, la police intervient avec des armes à feu. Une bombe éclate. Une échauffourée s'ensuit. Au total, on compte treize décès dont sept policiers et six manifestants mais un seul décès est imputable directement à l'explosion. 


En dépit de l'absence de toute preuve directe, les autorités accusent les anarchistes d'être à l'origine de cet attentat que tout désigne pourtant comme une provocation policière. Ces événements vont être directement exploités pour briser les agitations ouvrières. Huit anarchistes (six Allemands, un Américain et un Anglais) sont en définitive arrêtés. Au procès, sept sont condamnés à la peine de mort. L'un d'eux, Louis Lingg, se suicide en prison, deux voient leur peine commuée en travaux forcés à perpétuité et les quatre derniers sont pendus à Chicago en novembre 1887. il s'agit d'Albert Parsons Adolf Ficher, August Spies et Georges Engel. (Ndr : Ils seront réhabilités par la justice en 1893. Innocentés par le gouverneur de l'Illinois, celui-ci confirma que c'était le chef de la police de Chicago qui avait tout organisé, et même commandité l'attentat pour justifier la répression qui allait suivre.)


Cette exécution marque profondément les esprits tant aux Etats-Unis qu'en Europe où le souvenir des "martyrs de Chicago" est entretenu par toute une production anarchiste à caractère hagiographique visant à exalter ces "lutteurs sans pareil" ayant sacrifié leur vie pour l'émancipation de leurs frères de misère. 
Episode marquant de la guerre sociale de la fin du XIXème siècle, cette exécution est aussi à l'origine, bien que d'une manière indirecte, de la décision prise par le congrès socialiste international de Paris, en juillet 1889, de faire du Premier mai une journée mondiale de revendications ouvrières. Ainsi que l'avait prédit le chansonnier Jules Jouy :
- Malgré les potences dressées
Les pendus ont des successeurs.

(Gaetano Manfredonia, Histoire mondiale de l'anarchie, Arte Editions)



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lotaire Lombric Shaolin

Merci de partager ça, maintenant je sais pourquoi je peux trainer avec ma tasse de café en caleçon chez moi un lundi de 2017, cimer les bros.
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eyhtern

tl;dr
(ps : ça doit être dans le thème https://www.you...h?v=rNrHXXIAQDU '
Ni Dieu ni maitre : Une histoire de l'anarchisme (1/2) Arte')
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Zgru En réponse à eyhtern La voix de son ver

'xactement.
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Alix LeLoMBriK

Merci, je trouve important de ne pas oublier les combats menés pour nos libertés.
On a tendance générale à tomber dans l'acquis et à oublier la valeur des choses.
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_pepe_

Rappel qui prend toute son importance en cette période d'élections, quand un candidat a déjà promis au grand patronat qu'il légiférerait dès l'été par ordonnance pour casser notre code du travail durement acquis.

En France aussi, la police et l'armée ont tiré sur les grévistes désarmés. Même de grands personnages comme Clemenceau sont connus pour avoir payé des provocateurs et autres lanceurs de bombes.

Cette question reste d'actualité, d'autant plus qu'un décret sorti en 2011 autorise explicitement la police chargée du service d'ordre à « se défendre » en tirant à balles réelles.
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gobes En réponse à _pepe_ Jeune asticot

"autorise explicitement la police chargée du service d'ordre à « se défendre » en tirant à balles réelles"
En tant que telle, cette phrase ne me pose pas de problème. Par contre, là où le bât blesse, c'est que la définition de "défense" est variable selon les personnes et/ou les gouvernements.
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_pepe_ En réponse à gobes

C'est ce que je suggère en mettant « se défendre » entre guillemets.

En principe, il n'était pas nécessaire de légiférer de nouveau. En matière de défense, la législation était déjà suffisante, à commencer par l'application du principe de légitime défense de soi-même et d'autrui.

Or, les dernières évolutions semblent plutôt donner des prétextes aux forces de l'ordre pour tirer dans le tas au gré de leur « appréciation » ou des ordres qu'ils reçoivent, c'est-à-dire potentiellement quand cela ne se justifie pas objectivement.

Le dernier texte sur la légitime défense voté en février dernier autorise notamment les policiers à tirer dans le dos d'un fuyard ou sur une personne parvenant de prendre le terrain qu'ils occupent.

On est donc tombé très loin des principes d'une action défensive motivée par un danger immédiat et d'une réponse proportionnée à l'attaque.
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